La transition ? J'y vais en vélo...

Plus qu'un mode de transport, le vélo est un mode d'emploi pour accélérer la transition !

Pendant longtemps, nous avons présenté la transition écologique comme une succession d’efforts : consommer moins, renoncer plus, accepter des contraintes supplémentaires au nom d’un bénéfice climatique éloigné de nous dans le temps et dans l’espace. Pas étonnant que tant de personnes peinent à embarquer !

C’est ici que le vélo est précieux, car il raconte exactement l’histoire inverse, et ce faisant, il n’est pas seulement fournisseur de mobilité douce mais professeur de transition en douceur.

J’en ai moi-même fait l’expérience. Comme beaucoup de Parisiens, j’ai d’abord râlé contre les travaux, les pistes cyclables, et les places de stationnement supprimées. Puis, presque sans m’en rendre compte, j’ai abandonné au quotidien ma Prius hybride au profit du vélo électrique en libre-service. Non par conviction militante, mais parce que c’était devenu plus simple. Plus rapide. Plus agréable pour faire un peu d’exercice dans la journée. Et finalement plus libre pour laisser vagabonder son esprit, redécouvrir Paris, sans stress de la météo (on peut toujours finir en métro), du vol ni de la crevaison.

Cette expérience m’a fait comprendre quelque chose d’essentiel : les transitions réussissent rarement parce qu’elles sont vertueuses. Elles réussissent parce qu’elles améliorent immédiatement la vie des gens.

Le vélo fait gagner du temps. Il réduit le stress. Il permet de bouger davantage, de retrouver un peu d’autonomie, de respirer, de redécouvrir son territoire. Les études montrent même qu’une pratique régulière augmente l’espérance de vie tout en réduisant les dépenses individuelles et collectives de santé. On ne monte pas sur son vélo pour sauver la planète. On y monte parce qu’on y trouve son compte. Et c’est précisément ce qui, au passage, bénéficie aussi au climat.

Cette histoire est riche d’enseignements bien au-delà de la mobilité. Elle nous rappelle que la transition n’a pas vocation à être un catalogue de sacrifices, mais un projet de société plus désirable. À une condition : rapprocher les bénéfices, lever les freins et donner envie plutôt que culpabiliser.

Le succès du vélo montre également qu’il ne faut jamais désespérer d’un marché un peu historique qui ne semble pas vouloir bouger. Qui aurait imaginé, il y a quinze ans, que le vélo électrique, les cargos familiaux ou les services de vélos partagés transformeraient à ce point nos usages ? Et que le COVID achèverait de nous projeter dans des villes qui n’ont rien à envier à Amsterdam ? Une innovation peut venir redessiner une catégorie qui semblait figée et une crise ouvrir des possibilités pour faire advenir un monde d’après.

À l’heure où les épisodes de chaleur extrême nous obligent aussi à repenser l’habitabilité de nos villes, le vélo est plus qu’un moyen de transport : il devient un révélateur précieux d’une économie qui prend soin – de notre santé, de notre temps, de notre pouvoir d’achat, de nos vies, de nos territoires et, bien sûr, de la planète.

C’est peut-être cela, au fond, la plus belle leçon de la vélorution : la transition devient irrésistible lorsqu’elle sauve notre quotidien… avant même de sauver le monde.


Elisabeth Laville

Fondatrice d'UTOPIES

Elisabeth Laville est fondatrice d’UTOPIES, cabinet de conseil (50 personnes) et think-tank pionnier du développement durable créé en 1993, première entreprise certifiée B Corp en France et également Société à Mission avec l’agrément ESUS. Depuis plus de trente ans, elle accompagne les entreprises dans leurs stratégies de transition écologique et sociale. Auteure de plusieurs ouvrages de référence, dont La Révolution B Corp et L’Entreprise Hyper-Locale, tous deux chez Pearson. Elle publie également la newsletter LinkedIn L’Optimisme en Mouvement, consacrée aux signaux faibles et aux innovations qui rendent la transition désirable.

 

 


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